Après la dévastation de la guerre de Trente Ans (1618-1648), les cours allemandes en reconstruction prennent pour modèle de raffinement et de pouvoir la cour de Louis XIV. Cet attrait pour la culture française se manifeste par l’embauche de nombreux musiciens et maîtres à danser venus de France. La danse à la française, avec ses ballets somptueux et ses codes rigoureux, occupe un rôle central dans la vie de cour et imprègne à son tour l’écriture et le jeu instrumental des musiciens allemands. Des compositeurs tels que Johann Fischer écrivent ainsi de nombreuses ouvertures et suites de danses à la française, en prenant la musique de Jean-Baptiste Lully, surintendant de la musique de Louis XIV, comme modèle absolu.
L’engouement est tel que les œuvres scéniques de Lully sont largement jouées et copiées dans l’Empire, et font l’objet de transcriptions pour la viole de gambe et pour le clavier. Cet engouement et cette transmission du style français dans la musique de clavier s’étendait également à la musique d’orgue, comme en témoignent les nombreuses copies allemandes de pièces de compositeurs tels que Jacques Boyvin.
L’intérêt des musiciens germaniques pour le style français ne se limite cependant pas à la musique pour le théâtre ou pour la chambre : des œuvres sacrées françaises, telles que les motets d’André Campra, figurent dans de nombreuses bibliothèques de cour allemandes et furent sans doute exécutées, notamment à la chapelle catholique de la cour de Dresde.
A la chambre, au théâtre, à l’église, le style français imprègne donc tous les domaines musicaux en Allemagne. C’est cette interaction, parfois mêlée au Stylus fantasticus de l’Allemagne du Nord, qui nous a fascinées.
Jean-Baptiste Lully (1632-1687)
Triomphe de l’amour, ballet royal mis en musique (1681)
- Tranquilles coeurs transcription anonyme en tablature de viole
Georg Böhm (1661-1733)
Herr Jesu Christ, dich zu uns wend (arrangement pour violon, viole et basse continue)
Jacques Boyvin (≈1649-1706)
Second Livre d’Orgue (1700) arrangement pour violon, viole et basse continue
- Récit tendre
André Campra (1660-1744)
Motets à voix seule & deux dessus de violons, Livre Second (1699)
- « Ecce Quam bonum »
Jean-Baptiste Lully
Armide, tragédie mise en musique (1686)
- Entrée de la Gloire et de la Sagesse (transcription anonyme pour le clavecin)
Anonyme
Sonate
- Suite
- Allemande
- Courant
- Ballet
- Sarabande
- Gigue
Jean-Baptiste Lully
Psyché, tragédie mise en musique (1671)
- “Chacun est obligé d’aimer à son tour”
Triomphe de l’amour, ballet royal mis en musique (1681)
- Entrée d’Apollon – Transcription anonyme en tablature de viole
Johann Fischer (1646-1716)
Suite en sol mineur extraite de la Tafelmusik
- Angloisse
- Gigue
- Menuet I & II
- Ballet
Jean-Baptiste Lully
Armide, tragédie mise en musique (1686)
- Sourdines d’Armide – Transcription anonyme pour le clavecin
Grand Divertissement Royal de Versailles (1668)
- Plainte de Cloris
Johann Philipp Krieger (1649-1725)
Cantate “Surgite cum gaudio”
Ensemble Théodora
Mariamielle Lamagat soprano
Louise Ayrton violon
Alice Trocellier viole de gambe
Lucie Chabard clavecin et orgue
photo : Hubert Caldaguès
